Au bout du pinceau, du bambou, du fusain, des histoires se racontent...

...j'imagine que le monde est différent, neuf et étrange, comme dans un songe, un ailleurs où les dialogues se créent grâce à un parfum d'encre ou une touche d'aquarelle, une matière par où le non-dit, le non défini, le sous-entendu s'expriment en transparences infinies...
...le papier, par tous ses pores, ses imperfections, ses craquelures, reçoit la matière fluide difficilement maîtrisable, sans retour, sans repentir, légère aussi, en vol vers de longs voyages, sans pesanteur ; ainsi devient-il l'espace de possibles ailleurs s'ouvrant à l'infini, l'espace de la liberté de l'expérience, de l'égarement, du recommencement sans fin...
...la démarche est incertaine, l'itinéraire hasardeux, la pensée, à peine capturée hésite, change, revient en arrière, s'envole d'un bond, sillonne le monde de l'imaginaire, cherche une forme à peine ou jamais définie, aussitôt surgie qu'elle peut s'effacer en une respiration, un souffle de vie...
Diana Auzou

 
« Liée depuis vingt mille ans - et pour longtemps encore - au destin de l'homme, la peinture n'a rien perdu de son mystère. Longue marche toujours plus aveugle vers cette lumière d'au-delà de la nuit - ce monde d'au-delà de la mort - que sont le monde et la lumière du tableau. Monde fuyant sans cesse perdu, entraperçu, fugitivement retrouvé, perdu à nouveau. L'effort du peinte semblerait dérisoire si sa poursuite sans espoir de prise ne ressemblait à l'appel de la liberté : la peinture est au long des âges une forme, un témoignage infatigable de cet appel. En nous, et autour de nous, le chaos nécessaire, fécond : "Je ne crois pas, disait W. Russell au jeune Joyce, que vous ayez assez de chaos en vous pour faire un monde. " Tout un chaos sans forme et sans destinée première, épaves périssables surgies de notre vie inconsciente, échos lointains du monde qui nous entoure, auquel nous nous efforcerons inlassablement de donner une forme, une destinée, et qui, sans cesse remis en question - à l'ordre du jour - nous permettra peut-être d'échapper au temps, à l'usure, à la destruction - à la mort, qui sait ? »
Jean Bazaine